Les Wampas
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Ça se passe l’été dernier, aout 2016, au Grand Prix de la Saint Louis, cette célébration de joutes nautiques organisées depuis des siècles le long du canal royal à Sète. Aurélien Evangelisti est un géant de la discipline, un champion de ce sport. Lancé pleine balle à la proue d’une barque il embroche d’un grand coup de lance l’adversaire qui arrive en face et le balance à l’eau. Ça crie ça hurle ça explose dans le public. Tout le monde pense qu’il a gagné cette manche. Tout le monde sauf les officiels. Evangelisti est disqualifié. Stupeur sur son visage. Silence lourd qui retombe sur l’assemblée. Evangelisti est sonné. Debout mais perdant.

Vous la voyez arriver toute la symbolique de la situation avec cette histoire de joute sétoise ? L’histoire de l’homme seul lancé contre l’adversité mais qui va chuter, victime de l’injustice ? Vous l’avez l’image ? C’est bon ? Alors maintenant vous pouvez la remballer aussi sec. Merci bien. Quand Didier Wampas m’a parlé de l’histoire d’Aurélien Evangelisti je crois pas qu’il voulait me donner une leçon de philosophie. Non, juste me raconter ce moment improbable, fort et beau. Un souvenir marquant. Un truc qui résonne et qui sonne bien. Un bon titre d’album.

De toute façon les Wampas ont toujours eu le chic pour sortir des bons titres d’albums. Et vous pourriez enlever le mot « titres » dans la phrase précédente que ça marcherait pareil. Sur Evangelisti on navigue avec le même plaisir dans le rock’n’roll-yéyé-garage-punk-Wampasien .Tout a été bouclé en deux semaines chrono dans les studios de Nico le batteur. En petite équipe. Cool et efficace. Les musiques ont été ramassées à droite à gauche, en loges à la maison ou directement en cabine d’enregistrement. Les textes ont été saisis à la minute, surplace, dans le feu de l’action. Des années que ça fonctionne comme ça chez les Wampas et depuis 1986 personne ne s’est jamais plaint. C’est pas en 2017 qu’on va commencer.

En quatorze nouveaux titres Didier et son groupe nous baladent vers l’Allemagne de l’Est (Patricia) vêtu d’un t-shirt de Pierre Boulez (Electrodowoop) et d’un slip rose (The Return Of The Little Daewoo). Ça parle un peu de cul aussi (Les Fesses des Belges) et de Gaetan Roussel (Même Les Plus Grands). On trouvera aussi une référence à Don Giovanni, l’opéra pas la pizzeria de Mourmelon (1003). Mais surtout Didier Wampas nous gratifie de quelques morceaux qui sonnent comme autant de définitionsdu style ou du son Wampas. En une phrase, une seule, il résume trente ans passés dans le rock en France : « si le rock’n’roll payait ça ne serait plus du rock’n’roll » (Comme Dirait Bob). En deux minutes il balaie son parcours en souriant « Didier Wampas n’est pas le roi / Chirac n’ira jamais en prison / Ce soir c’est pas toujours Noël comme le ciel éternel / J’en ai chanté des conneries et j’en chanterai encore longtemps/Toujours plus loin, toujours plus fort / Sans aucun remord » (Sans Aucun Remord). Enfin en bon fan de vélo il déroule une lovesong parfaite en puisant dans le jargon des cyclistes (Baby Suce Ma Roue).

Je resterai dans le cyclisme pour terminer. C’est une passion qu’on a en commun Didier et moi. C’est lui qui m’a encouragé un jour à grimper le Mont Ventoux : « Franchement si je l’ai fait, tu peux le faire ». Voilà encore une phrase définitive. Sur Evangelisti comme dans tout ce qu’on signé les Wampas le message ultime c’est bien ça. Vas-y. Fais-le. C’est possible. Continue. On s’en fout.

Aux dernières nouvelles Didier veut s’inscrire dans un club de joutes à Sète.

Ça vous donne pas envie de foncer aussi ?

 

Thomas Caussé – décembre 2016